L’apport des gloses, des paraphrases et des syntagmes synonymiques à la compréhension des textes : le cas de quelques encyclopédies du XIIIe siècle

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Eduard FRUNZEANU et Emmanuelle KUHRY

 

Dans l’écriture des textes, théologiques, juridiques ou scientifiques, les gloses et les syntagmes synonymiques pourvus, de par leur juxtaposition, d’un statut secondaire sur le plan de la signification, participent à l’élaboration et à la compréhension du discours[1]. Sous la forme d’un mot, d’un groupe de mots, d’une phrase ou d’un ensemble de phrases, ces éléments viennent suppléer à la technicité de certains termes ou à la complexité de certaines argumentations. Pour ce faire, ils renvoient toujours à des notions déjà connues ou supposées telles et parviennent de la sorte à construire des réseaux sémantiques. La place et la fonction de ces éléments subissent des transformations lorsque les textes sont compilés afin d’être intégrés dans des ensembles à caractère didactique ou encyclopédique. Les compilateurs mettent à l’œuvre des procédés qui consistent à réduire le nombre des périphrases synonymiques présentes dans le texte-source, à réécrire et à condenser l’original tout en essayant de lui conserver le sens, à ajouter une série de compléments dont la fonction est de rendre intelligible le texte-source au lectorat visé. Par le biais de ces opérations qui répondent aux exigences d’une économie de la compilation et de la lecture, il résulte une interaction entre l’ancienne couche d’éléments explicatifs et la nouvelle ; cette interaction reflète les transformations culturelles survenues entre deux moments historiques.

Étudier l’enchevêtrement de la synonymie originaire et de la glose ajoutée se heurte toutefois à deux obstacles tout au moins : d’une part, la difficulté de discerner ce qui relève d’une économie de l’écriture de ce qui n’en relève pas, de l’autre, la faible possibilité d’identifier les manuscrits dont les compilateurs ont disposé pour mener leur travail et de connaître de la sorte les marginalia qu’ils auraient pu exploiter. Afin de déterminer ce qui constitue un ajout redevable aux compilateurs, nous avons collationné les textes retenus pour notre étude avec les éditions critiques disponibles pour tel ou tel texte compilé. Le corpus retenu est constitué de quatre encyclopédies du XIIIe siècle : le De proprietatibus rerum de Barthélemy l’Anglais, le De natura rerum de Thomas de Cantimpré, le Speculum maius de Vincent de Beauvais et le Compendium philosophie[2]. La comparaison de ces encyclopédies pourra nous renseigner sur la façon dont chaque compilateur a traité l’ensemble des interventions explicatives des auteurs compulsés, sur l’existence d’un fonds commun de syntagmes synonymiques provenant soit de la tradition manuscrite des textes compilés soit des lexiques diffusés à l’époque, ou encore sur l’ampleur du recours à la glose et à la paraphrase dans l’appropriation et la lecture des traités nouvellement traduits du grec et de l’arabe. L’objectif est de comprendre le lien entre la place détenue par la synonymie, par l’autrement dit, par la reformulation, par la paraphrase, dans ces œuvres de compilation et les efforts déployés pour faciliter la compréhension des textes recueillis.

 

La réécriture des textes compilés connaît des degrés différents de fidélité d’un encyclopédiste à l’autre : Vincent de Beauvais est l’adepte de la reprise ad litteram des œuvres, alors que Barthélemy l’Anglais en remanie souvent les phrases. Dans un cas comme dans l’autre, la réécriture a pour résultat d’incorporer des éléments d’appoint dont on ne peut plus connaître l’origine codicologiquement parlant. Qu’il s’agisse de gloses marginales, interlinéaires ou intercalaires, elles se retrouvent toutes fondues dans le tissu encyclopédique. Certes, des ensembles de gloses, qui avaient déjà acquis jusqu’au XIIIe siècle un statut autonome, ont été généralement traités par les compilateurs comme des œuvres à part entière et cités sous le marqueur correspondant. C’est le cas de la glose biblique rubriquée le plus souvent par le marqueur Glossa[3]. Ce même marqueur accompagne également des textes de contenu autre que théologique, et sa présence pourrait nous donner des indices sur l’existence d’un ensemble d’annotations associées aux textes compilés. Ainsi, parmi les extraits tirés des Institutiones de Justinien insérés dans le Speculum doctrinale, on retrouve onze passages introduits par le marqueur Glossa[4] qui se retrouvent tous dans le corpus des gloses turinoises[5]. Cela voudrait dire que le manuscrit des Institutiones dont a disposé l’équipe de Vincent de Beauvais comportait ces annotations qui s’inscrivent dans la complexe tradition des gloses rattachées aux textes de droit romain[6].

Les traités d’Aristote sont eux aussi entrecoupés à quelques endroits par des ajouts rubriqués Glossa[7]. S’agissait-il de gloses marginales que les compilateurs ont tenu à identifier comme telles ? Il est probable qu’ils les aient puisées dans un groupe de gloses organiques commun à plusieurs manuscrits ayant transmis les œuvres d’Aristote[8]. À ce propos, remarquons qu’une des six Glossae du Speculum naturale portant sur le De animalibus[9] apparaît aussi sous la plume d’un compilateur anonyme qui a élaboré son florilège au XIIIe siècle[10]. Une question demeure : pourquoi ce type d’annotations a-t-il été exploité de façon aussi sporadique ? Tant qu’on ne réussira pas à repérer les manuscrits utilisés par les compilateurs, il s’avère impossible d’offrir une réponse satisfaisante.

En revanche, on constate l’usage de gloses systématiques, associées à différents traités de droit ou de philosophie naturelle, que les encyclopédistes n’ont néanmoins pas choisi d’intituler Glossa. C’est le cas de l’apparat du dominicain Guillaume de Rennes accompagnant la Summa de casibus de Raymond de Peñafort qui a été largement repris par Vincent de Beauvais dans son Speculum doctrinale sous le marqueur Summa fratris Willelmi (Guillelmi)[11]. C’est ce qui s’est passé également avec la Glossa ordinaria anglicana rédigée en marge du traité pseudo-aristotélicien De plantis que Barthélemy l’Anglais a intégrée, sans lui attribuer un nom quelconque, à l’exposé préliminaire du livre XVII de son De proprietatibus rerum consacré aux propriétés des plantes et des arbres. Bien que certains auteurs aient essayé de distinguer glose et commentaire, en se prononçant, surtout dans le domaine de l’exégèse biblique, contre l’accumulation de gloses qui finissent par submerger le texte[12], la frontière entre les deux est demeurée poreuse. C’est ce qui pourrait expliquer que le commentaire d’Alfred de Sareshel du traité De plantis est nommé par Barthélemy l’Anglais tantôt glosae tantôt commentum[13].

 

Au-delà de ces gloses systématiques formées autour des textes bibliques, juridiques ou philosophiques, il existe une gamme variée d’ajouts et d’interventions dont nous nous proposons de discuter à présent, en nous focalisant sur les textes de philosophie naturelle et de médecine traduits à partir du XIIe siècle. L’intérêt des encyclopédistes de la première moitié du XIIIe siècle pour les traités d’Aristote, que ce soit au sujet des minéraux, des plantes ou des animaux, a été largement souligné ces dernières années. Comme nous l’avons mentionné, les commentaires d’Alfred de Sareshel ont été entremêlés par Barthélemy l’Anglais aux phrases du pseudo-Aristote (i.e. Nicolaus Damascenus) afin de fonder plus solidement l’argumentation de tel ou tel aspect exposé. Certaines gloses d’Alfred semblent avoir connu une large diffusion, gagnant presque le statut de définition. C’est de ce fonds qu’a dû être extraite par plusieurs auteurs du XIIIe siècle la définition de l’arc-en-ciel en tant qu’arcus demonis dont Alfred fait mention dans son commentaire des Météorologiques[14] : Vincent de Beauvais, qui par ailleurs ne connaît guère ce commentaire d’Alfred, la cite en la mettant sous le marqueur Albumasar[15] ; Nicolas le Péripatéticien[16] et Albert le Grand[17] en usent sans la rapporter à une autorité en particulier, le compilateur du Compendium philosophie l’insère sous le marqueur Philosophus in tertio Metheororum[18], alors que seuls Raoul de Longchamp[19] et R. de Staningtona[20] l’attribuent nommément à Alfred de Sareshel.

L’effort de rendre compréhensibles les citations d’Aristote se reflète sans ambiguïté dans les centaines de brèves gloses qui les émaillent. Chez Vincent de Beauvais, qui affirme, dans le Libellus apologeticus placé en tête de son Speculum maius, avoir confié à des collaborateurs la tâche de compiler les livres d’Aristote, ces incidentes sont présentes déjà dans la version bifaria, rédigée vers 1247. Parmi les gloses que nous avons pu isoler dans les passages extraits du De plantis[21], l’une se révèle être héritée d’un ensemble d’annotations qui devaient accompagner déjà les premiers manuscrits du traité : à la place du mot alavsic, le texte de Vincent comporte le terme ramnus[22]. Cette glose fut par ailleurs communément partagée par les deux classes de manuscrits ayant conservé le texte du pseudo-Aristote, ainsi que par la traduction grecque faite d’après la version latine du traité. Toutes les autres gloses enchâssées dans les citations tirées du De plantis sont des appositions explicatives qui ne trouvent pas de correspondant ailleurs, qu’il s’agisse du commentaire d’Alfred de Sareshel ou de la glose ordinaire rédigée en milieu anglais. Si, dans le Speculum naturale, les ajouts au texte du De plantis sont peu nombreux et peu prolixes, on découvre en revanche chez Barthélemy l’Anglais des interventions plus importantes, par leur nombre et par leur ampleur, qui, elles non plus, n’ont pas de correspondant ailleurs, sans toutefois que l’acte de compilation devienne commentaire[23].

La façon d’intégrer les Météorologiques d’Aristote dans une structure textuelle fondée sur la juxtaposition de citations directes et indirectes est intéressante à plus d’un titre. Chez Vincent de Beauvais, ce traité est présent par une double médiation : d’une part, à travers les extraits empruntés par ses socii directement au traité d’Aristote, qui demeurent pour la plupart inchangés d’une version à l’autre du Speculum ; d’autre part, par le biais des citations reprises par l’entremise du Liber de natura rerum qui s’avère être un texte identique au Liber de naturis rerum de pseudo-John Folsham[24]. L’un et l’autre intermédiaire comportent des gloses, le plus souvent brèves, les passages glanés dans le Liber de natura rerum faisant la preuve que son auteur a tenté de munir de quelques commentaires le texte d’Aristote[25]. Contrairement à ce que nous avons pu observer au sujet du De plantis, Barthélemy l’Anglais intervient beaucoup moins dans les extraits tirés du Liber metheororum.

En ce qui concerne le De animalibus, dans la version traduite de l’arabe par Michel Scot[26], on sait que les manuscrits l’ayant transmis comportaient une grande diversité de gloses marginales de nature lexicale, exégétique, scientifique ou, encore, moralisatrice[27], gloses qui ne semblent pas avoir été toujours recopiées d’un manuscrit à l’autre, mais plutôt avoir été le fruit d’interventions bien individuelles. Plusieurs compilateurs du XIIIe siècle ont de toute évidence connu un certain nombre de ces gloses rattachées au traité d’Aristote. Parmi eux, Thomas de Cantimpré semble avoir eu connaissance davantage des gloses moralisatrices, alors que Vincent de Beauvais a utilisé principalement les renseignements lexicaux. C’est par le biais de ces notes marginales qu’il a adopté l’équivalence, par exemple, entre l’agothilez et le caprimulgus (HA 618b ; SN lib. XVI, cap. 24 et cap. 45), entre l’acohat et la cornix (HA 563b ; SN lib. XVI, cap. 171)[28], entre l’ostaroz et le gladius marinus (HA 602a ; SN lib. XVII, cap. 55), entre l’akaleki et l’urtica maris (HA 531a ; SN lib. XVII, cap. 99), entre le temchea et le crocodilus (HA 612a ; SN lib. XVII, cap. 107). Une note de l’Actor fait remarquer que les informations concernant la cubeth rejoignent celles sur la perdix, le traducteur ne s’étant probablement pas aperçu de l’équivalence des termes[29].

C’est ce type de gloses relatives aux néologismes que l’on rencontre disséminées également dans les textes de médecine traduits de l’arabe, que ce soit le Canon d’Avicenne ou le Liber ad Almansorem de Rhazès. La traduction de ces œuvres, effectuée dans l’entourage de Gérard de Crémone, renferme un nombre élevé de mots arabes translittérés. Dans le cas de plusieurs chapitres du Canon, dont les titres ne sont qu’une translittération du terme arabe et donc pas immédiatement compréhensibles aux latinophones, deux moyens sont susceptibles d’avoir contribué à situer telle ou telle espèce dans la nomenclature botanique latine : soit la traduction du texte d’Avicenne explicitait le terme par une apposition (abheel est fructus iuniperi ; albugilise est lactuca asini ; besceguascen est coriandrum putei[30]), soit la copie du Canon utilisée par Vincent de Beauvais était déjà glosée (dirdar <id est fraxinus>, hasek <id est tribuli>[31]). En revanche, les plantes dont le mot arabe translittéré n’offrait pas de possibilité de rapprochement avec ce qui était déjà connu par l’entremise d’autres sources latines n’ont pas été sélectionnées[32]. Plusieurs autres compléments introduits par scilicet et id est renforcent l’hypothèse que le manuscrit utilisé pour la compilation d’Avicenne était garni de gloses ou accompagné d’un lexique[33].

Copiant souvent du Canon les mêmes fragments que Vincent de Beauvais, Albert le Grand a écarté tous les termes à résonance arabe désignant des espèces végétales ou des maladies. Un mot comme subeth mentionné par Avicenne dans le chapitre sur la mandragora a été glosé à l’aide d’une périphrase. Ainsi, la phrase odoratio eius facit subeth vehementer est devenue chez Albert odoramentum eius facit apoplexiam, formulation qui se retrouve également chez Vincent de Beauvais[34]. Il s’agirait donc soit d’une glose, soit d’une variante du texte du Canon[35], que les deux Dominicains ont partagée, tout comme dans le cas du mot roona (translittération de l’arabe ru‘ūna)[36], que les deux ont expliqué de façon similaire : ad roona perducat, scilicet ut rideat homo sine causa[37]. De tous les autres termes nosologiques, seul albaras est conservé par Albert, et cela une seule fois (scamonea, De vegetabilibus, p. 565 § 437), ce terme étant remplacé, à trois autres reprises[38], par macula, son équivalent latin.

Il est probable que les copies de la traduction du Canon étaient déjà pourvues, au milieu du XIIIe siècle, d’une série de gloses lexicales qui représentaient la forme embryonnaire des listes de synonyma dressées à partir du XIIIe siècle. Ainsi, dans le glossaire Synonyma Avicenne qui accompagne plusieurs manuscrits du Canon et dont l’incipit est alfachim, id est medicus, on trouve la plupart des définitions apparaissant dans les gloses du texte de Vincent de Beauvais[39]. C’est grâce à ce type d’instruments que les compilateurs ont su ménager une place aux termes d’origine arabe et enrichir en conséquence leurs catalogues. Un des manuscrits de la traduction latine anonyme du Liber ad Almansorem de Rhazès, datant de 1200, constitue un autre exemple de ces transcriptions assorties de gloses marginales, qui reflètent soit un modèle circulant déjà à Tolède, soit le souci des responsables des copies de munir les textes d’une aide lexicale[40].

Hormis ces glosulae que l’on pourrait nommer traductologiques, car vouées à expliquer les mots d’origine étrangère, il existe des gloses synonymiques portant sur des notions techniques ou sur des concepts qui, en proposant un mot latin pour un autre, offrent une brève définition destinée à rendre le texte plus clair[41]. Il est intéressant de remarquer que, parmi les gloses de ce genre apposées au Canon d’Avicenne, certaines se retrouvent dans les écrits des médecins que l’on rattache, bien que les avis soient partagés, à l’école de Salerne. Ainsi le terme inanitio expliqué par artificialis purgatio[42] apparaît chez Maurus Salernitanus et chez Archimateus Salernitanus dans leurs commentaires respectifs des aphorismes d’Hippocrate[43]. Ailleurs, lorsque Vincent de Beauvais expose par l’entremise d’Avicenne la typologie des facultés vitales[44], le syntagme virtus informativa imprimens est accompagné de la glose id est sigillans, que l’on redécouvre dans les marges d’un manuscrit du Tractatus de divisione multiplici potentiarum anime de Jean de La Rochelle qui reprend à la lettre le même passage du Canon[45]. La synonymie des deux opérations désignée par la glose est abandonnée par Albert le Grand en faveur de la concomitance et de la complémentarité des actes, la faculté générative qui donne la forme aux membres de l’embryon agissant à la fois par impressio et sigillatio[46].

Parfois, ces compléments, qui se réduisent à un simple mot intercalé dans la phrase de l’autorité compilée, s’imposent comme des éléments sémantiques indispensables, si bien qu’ils finissent par se fondre dans le texte-source, leur statut initial de glose n’étant plus signalé d’aucune manière. La définition de l’intellect par Aristote comme nullius corporis actus (De anima, 413b) était glosée généralement, comme nous l’apprend Albert le Grand, par nullius partis corporis actus[47]. En effet, cette glose apparaît dans plusieurs traités du XIIIe siècle, en se substituant même au texte d’Aristote (dont la traduction est, à cet endroit, identique chez Jacques de Venise et chez Guillaume de Moerbeke), comme le laisse voir un extrait de la Summa de anima de Jean de La Rochelle, que Vincent de Beauvais a inclus dans son Speculum naturale (lib. XXVII, cap. 33), de même que plusieurs passages des œuvres de Thomas d’Aquin[48].

 

Les équivalences conceptuelles sont introduites dans l’écriture compilatrice également par des gloses étymologiques. Selon une pratique qui remonte à l’Antiquité, l’étymologie des mots, que les médiévaux puisent fréquemment chez Isidore de Séville, constitue une information récurrente dans la description des choses et l’explication des concepts. Cette passion pour la construction du sens des mots où l’imagination poétique joue de l’assonance et de la plasticité des mots pour donner naissance à des périphrases explicatives, on la devine derrière les interventions des compilateurs dans le texte-source. Ainsi, en reprenant un passage de Hugues de Saint-Cher au sujet du fait que l’âme humaine n’est pas une personne, Vincent de Beauvais y glisse une glose étymologique qui déploie le sens de la persona comme étant per se una[49], glose que de nombreux théologiens du XIIe siècle, de Gilbert de la Porée à Alain de Lille, avaient déjà évoquée[50].

 

Par endroits, les compilateurs laissent des indices qui justifient l’hypothèse qu’ils travaillaient en ayant sous la main d’autres lexiques ou d’autres ouvrages de philosophie naturelle qui pouvaient fournir des explications ou des compléments. Comme nous venons de le dire, ce sont les Etymologies d’Isidore de Séville qui fournissent le plus souvent des définitions que l’on a articulées aux citations puisées à d’autres autorités, sans que le nom d’Isidore soit nécessairement mentionné, comme on peut le voir dans un passage du Compendium philosophie fondé sur le De animalibus d’Aristote[51].

L’accueil fait aux textes de philosophie naturelle passe aussi par un processus de réécriture qui sélectionne, réorganise, systématise les phrases du texte-source, et là où les traductions pèchent par la maladresse des formulations, la synonymie vient moderniser le langage, la glose ajoute quelques éléments de remplissage pour rendre plus intelligible le contenu d’une phrase ou d’un syntagme, pour rendre plus fluide la lecture[52]. Ce type de transpositions, de reformulations représente aussi une conversion stylistique du texte-source dont l’intelligibilité n’est plus conçue comme étant dépendante des explications terminologiques que l’on devrait éventuellement fournir, mais plutôt comme un aménagement phraséologique. La glose revêt des allures de paraphrase, tout en gardant sa finalité explicative. Et tout en transformant parfois le texte jusqu’à une refonte complète des composants originaux, la réécriture joue le jeu de l’annotation, puisqu’elle se pare à son tour de gloses terminologiques et argumentatives, au point de prendre la forme d’un commentaire. Ainsi, en réorganisant la syntaxe du texte d’Aristote[53], Barthélémy insère des gloses topiques dans son propre discours, comme on le constate, dans l’exemple cité en note, avec le verbe piramidantur. En même temps, il prolonge le raisonnement d’Aristote en explicitant davantage les relations de cause à effet manifestes dans le métabolisme des végétaux.

Certains ajouts que l’on relève par rapport au texte-source peuvent avoir été introduits non seulement dans le but d’enrichir ou de rendre l’information plus lisible, mais également dans l’idée d’attirer l’attention du lecteur sur tel ou tel point ou d’accentuer les inflexions de la syntaxe, au moyen d’expressions telles que scilicet, nota quod ou est notabile[54]. Et dans ces cas-là, on devrait parler davantage de gloses signalétiques qui mettent des jalons pour systématiser la lecture, pour indiquer les notions importantes, pour moduler le cours du raisonnement, et qui constituent des procédés relevant des pratiques de lecture.

Gloses traductologiques, synonymiques, étymologiques, terminologiques, phrastiques, signalétiques, la diversité des interventions des compilateurs est repérable à différents niveaux de la (ré)écriture. Du fait que ces différents types d’interventions interrompent par endroits le discours d’autorités comme Aristote ou Avicenne, nous pouvons conclure que ces textes demandaient à être explicités quant au vocabulaire ou aux séquences de l’argumentation, signe de la réception de plus en plus importante dont ils jouissent au XIIIe siècle et de la volonté d’optimiser leur compréhension. En compilant la Somme théologique d’Alexandre de Halès, Vincent de Beauvais importe les quelques notices éparpillées ici et là dans les marges du manuscrit utilisé, ce qui montre non seulement que des textes produits au milieu du XIIIe siècle comportaient déjà des gloses, mais encore qu’on trouvait utile de les reprendre et de leur faire une place dans la texture de la compilation.

 

La quantité imposante d’ajouts opérés par les encyclopédistes, et il importe peu qu’ils soient de leur cru ou qu’ils proviennent d’un savoir globalement partagé, indique que la glose, bien que sise à l’ombre de l’autorité, est sans conteste ancrée dans les pratiques d’écriture et de lecture. À partir du type de glose employé par tel compilateur, on peut mieux comprendre la façon dont il se rapporte à l’héritage lexicologique et sémantique gréco-arabe, la façon dont il le transmet, la façon dont il entend s’appuyer sur des autorités traditionnelles comme Isidore de Séville pour accompagner la lecture d’Aristote. Mais, si l’on a des raisons de supposer l’existence d’un fonds commun d’équivalences lexicales du fait de leur présence chez plusieurs auteurs, si certaines glosules sont de toute évidence exportées avec la copie des manuscrits, la glose qui aménage le texte-source, sur le plan de la syntaxe et de l’argumentation, revêtant ainsi les traits de la paraphrase, reste propre à chaque encyclopédiste. En déconstruisant la mise en page des manuscrits utilisés, les encyclopédistes ont incorporé au texte cet apparat d’appoint et ont promu la glose au statut de texte. Et, de ce point de vue, on peut dire que la finalité de la compilation et de la réécriture est non seulement fonctionnelle et didactique, mais esthétique aussi. Avec l’intégration des apparats de gloses dans le corps du texte, la mise en page du manuscrit se dépare des franges latérales et laisse apparaître un texte continu, compact, justifié, ordonné, dont la réorganisation visuelle fait écho aux efforts fournis par le compilateur pour rendre plus intelligible le texte-source réécrit.

 

Notes: 

 


[1] Plusieurs travaux ont été consacrés aux différents types d’apparat de gloses élaborés au Moyen Âge : voir entre autres A. Grondeux, Le Graecismus d’Evrard de Béthune à travers ses gloses, Turnhout, 2000 (Studia Artistarum, 8) ; les contributions du volume Scientia in margine : études sur les marginalia dans les manuscrits scientifiques du Moyen Âge à la Renaissance, D. Jacquart et Ch. Burnett (éds.), Genève, 2005 ; P. Lucentini, « Glosae super Trismegistum. Un commento medievale all’Asclepius » in Platonismo, ermetismo, eresia nel Medioevo, Id. (éd.), Louvain-la-Neuve, 2007 (Textes et Études du Moyen Âge, 41), p. 107-222 ; L. Smith, The Glossa Ordinaria. The Making of a Medieval Bible Commentary, Leiden/ Boston, 2009 (Commentaria, 3).

[2] Barthélemy l’Anglais, De proprietatibus rerum, Turnhout, 2007, Volume I : Introduction générale par B. Van den Abeele ; prohemium, H. Meyer (éd.) ; liber I, M. W. Twomey (éd.) ; liber II, B. Roling (éd.) ; liber III, R. J. Long (éd.) ; liber IV, R. J. Long (éd.) ; volume VI : Liber XVII, I. Ventura (éd.) ; Thomas de Cantimpré, Liber de natura rerum, H. Boese (éd.), Berlin/New York, 1973 ; Vincent de Beauvais, Speculum maius, Douai, 1624, réimpr. Graz, 1964 et les manuscrits Bruxelles, Bibliothèque Royale lat. 9152, 18465 et 18466, Paris Bibliothèque Nationale de France lat. 14837, 14388 et 16100. Pour ce qui est du Compendium philosophie, nous avons utilisé le manuscrit Paris, BNF lat. 15879 pour la version L et les manuscrits Erlangen UB 276 et Mantova Biblioteca Communale 271 (C I 9) pour la version Λ (au sujet des différentes versions du Compendium philosophie, voir l’article d’E. Kuhry dans le présent numéro). En attendant l’édition critique de ce texte par les soins d’E. Kuhry, nous renvoyons à l’édition partielle publiée par M. de Boüard, Paris, 1936. Abréviations utilisées dorénavant : DPRDe proprietatibus rerum ; SNSpeculum naturale ; SDSpeculum doctrinale ; CPCompendium philosophie.

[3] Ce corpus ne fut dénommé Glossa ordinaria qu’à partir du début du XIVe siècle : L. Smith, The Glossa Ordinaria. The Making of a Medieval Bible Commentary, p. 3. Vincent de Beauvais, qui met à profit autant les gloses marginales qu’interlinéaires de ce corpus, fournit un aperçu historique de son élaboration dans la note biographique consacrée à Pierre Lombard. Il reprend en fait un ajout placé dans les marges de la chronique de Robert d’Auxerre, à l’année 1153 : Actor : Hic librum sententiarum, qui nunc in scolis theologie publice legitur, laboriosum certe opus, ex multorum sanctorum patrum dictis utiliter compilavit, sed et maiores glosas Psalterii et epistolarum Pauli similiter ex multorum dictis collegit et ordinavit. Nam cum esset inter Francie magistros opinatissimus, glosaturam Epistolarum et Psalterii ab Anselmo per glosulas interlineares marginalesque distinctam, et post a Gylleberto continuative productam latius et apertius explicuit, multaque de dictis sanctorum addidit (Speculum Historiale, XXIX.1 ; Robert d’Auxerre, Chronicon, Auxerre BM 145 f. 302a, MGH, Scriptores t. XXVI, O. Holder-Egger (éd.), p. 237). Cet ajout ne figure pas dans les versions premières du SH (version Klosterneuburg – ms. consulté Wroclaw BU R 341 – et Saint-Jacques – ms. consulté Paris BNF lat. 17550).

[4] SD, lib. VII, cap. 94 (2 occurrences), cap. 118 (1 occurrence), cap. 133 (1 occurrence); lib. VIII, cap. 27 (2 occurences). Quelques autres occurrences de ces gloses sont masquées dans le corps des citations des Institutiones : SD, lib. VII, cap. 101 (2 occurrences), cap. 133 (1 occurrence), cap. 150 (1 occurrence) ; lib. VIII, cap. 29 (1 occurrence).

[5] Il s’agit des gloses du manuscrit de Torino, Biblioteca nazionale D.III.13 (voir H. Lange, Römisches Recht im Mittelalter. Die Glossatoren, Munich, 1997, p. 10-13 et 85 ; The Corpus iuris civilis in the Middle Ages : manuscripts and transmission from the sixth century to the juristic revival, Ch. M. Radding et A. Ciaralli (éds.), Leyde-Cologne-New-York, 2007, ch. 4 : « Turin mss D.III.13 and Its Gloses », p. 112-118).

[6] Lange, Römisches Recht im Mittelalter…. ; H. Kantorowicz, « Notes on the Development of the Gloss to the Justinian and the Canon Law » in The Study of the Bible in the Middle Ages, B. Smalley (éd.), Oxford, 1951 ; G. Dolezalek, « Research on Manuscripts of the Corpus Iuris with Glosses written during the 12th and early 13th centuries : state of affairs », in El dret comù i Catalunya. Actes del I.er Simposi Internacional Barcelona, 25-26 de maig de 1990, A. Iglesia Ferreirós (éd.), Barcelona, 1991, p. 17-45.

[7] Nous avons repéré chez Vincent de Beauvais six citations rubriquées Glossa sur le De animalibus (SN, lib. XVIII, cap. 47 ; lib. XXI, cap. 60 ; lib. XXII, cap. 24, 43 et 46 ; lib. XXXI, cap. 40), deux sur le De somno et vigilia (SN, lib. XXII, cap. 12 et 13), une sur le De anima (SN, lib. XXIII, cap. 9). Dans le Compendium philosophie, on compte deux citations marquées glossa sur le De celo et mundo (lib. I, cap. 7 ; lib. V, cap. I), deux sur la Metaphysica (lib. I, cap. 7 ; lib. II, cap. 3), une sur le De sensu et sensato (lib. V, cap. 77), deux sur le Timeus de Platon (lib. II, cap. 8 ; lib. IV, cap. 1).

[8] L’Aristoteles latinus mentionne pour un très grand nombre de manuscrits l’existence de gloses d’étendue et de contenu variable. Ces marginalia ont récemment fait l’objet de plusieurs publications : R. K. French, « Teaching Aristotle in medieval english Universities : De plantis and the physical Glossa ordinaria », Physis, 34, 1997, p. 225-296; G. Galle, « Edition and Discussion of the Oxford Gloss on De sensu 1 », AHDLMA, 75, 2008, p.  197-281. Dans l’édition du livre XVII du DPR, I. Ventura a signalé l’utilisation des gloses sur le De plantis, probablement d’origine universitaire, dans l’exposé de Barthélemy l’Anglais (DPR, vol. VI, Brepols, 2007, p. XIV-XV). Dans sa thèse de doctorat, E. Kuhry met en lumière la place détenue par ces corpus de gloses associés aux traités d’Aristote dans l’écriture du Compendium philosophie.

[9] SN, lib. XVIII, cap. 47 : Ideo Egyptus forte abundat equis, quia Nilus turbidus est.

[10] P. Beullens, « A 13th-Century Florilegium from Aristotle’s Books of Animals: Auctoritates extracte de libro Aristotilis de naturis animalium », in C. Steel, G. Guldentops et P. Beullens (éds.), Louvain,1999, p. 79.

[11] Pour la bibliographie relative à ce sujet, voir les articles de G. Giordanengo sur Guillaume de Rennes et Vincent de Beauvais dans le Dictionnaire historique des juristes français (XIIe – XXe siècle), P. Arabeyre, J.-L. Halpérin et J. Krynen (éds.), Paris, 2007.

[12] C’est le cas, entre autres, de Robert de Melun dont les propos sont discutés par A. Grondeux : Le Graecismus d’Evrard de Béthune…, p. 198-199. Rappelons aussi le refus radical formulé par François d’Assise à l’égard de toute glose que l’on aurait voulu apposer sur le texte de sa Règle (voir Smith, The Glossa Ordinaria…, p. 9).

[13] Hec [...] extraximus de verbis Aristotelis libro I vegetabilium et glosis Alvredi, qui transtulit et exposuit eundem (DPR, vol. VI, p. 18, l. 190-192); ut dicitur in commento supra librum vegetabilium Aristotelis (DPR, vol. VI, p. 108, l. 17-18).

[14] Iris enim apud Grecos idem est quod arcus demonis. Arabes quoque ipsam Cascuza, quod et ‘idem sonat’ appellant. Demon autem idem sonat quod angelus. Dicitur ergo yris sive cascuza, id est arcus angelice considerationis, tanquam ad eius notitiam humanus non ascendit intellectus, in Alfred of Sareshel’s commentary on the Metheora of Aristotle, J. K. Otte (éd.), Leyde, 1988, p. 51.

[15] SN lib. IV, cap. 74. La citation se retrouve à la lettre dans le Liber de naturis rerum de Pseudo-John Folsham. Dans deux manuscrits de ce texte, le passage est associé à un marqueur qui se laisse lire Alvredus, respectivement Albr˜ (D. Abramov, « Liber de naturis rerum » von Pseudo-John Folsham - eine moralisierende lateinische Enzyklopädie aus dem 13. Jahrhundert, thèse de doctorat, Université de Hambourg, 2003, p. 77, consultée à l’adresse <http://d-nb.info/1010749528/34>). Il est fort probable que la graphie abrégée du nom d’Alfred de Sareshel ait été prise pour le nom d’Albumasar.

[16] S. Wielgus (éd.), « Quaestiones Nicolai Peripatetici », in Mediaevalia Philosophica Polonorum, 17, 1973, p. 80.

[17] Meteora, P. Hossfeld (éd.), Munster, 2003, p. 181.5 et 193.44.

[18] CP, lib. II, cap. 102 : Vocat philosophus in tertio eiusdem yridem archum demonis. Sic enim vocatur aput grecos et dicitur demon idem quod angelus. Unde dicitur yris archus demonis quasi angelice considerationis eo quod consideratio de ipsa est supra humanam naturam.

[19] In Anticlaudianum Alani commentum, J. Sulowski (éd.), Varsovie-Cracovie, 1972, p. 241.

[20] R. C. Dales, « R. de Staningtona : An unknown writer of the Thirteenth Century », Journal of the History of Philosophy, 4, 3, 1966, p. 206.

[21] Nicolaus Damascenus, De plantis. Five Translations, H. J. Drossaart Lulofs et E. L. J. Poortman (éds.), Amsterdam-New York, 1989, § 216, SN lib. IX, cap. 3 : hec media sunt inter lignum et rosam id est inter albedinem ligni et ruborem rosae ; De plantis, § 228, SN lib. IX, cap. 9 et lib. XII, cap. 7 : post id est in posteriori parte ; De plantis, § 229, SN lib. XII, cap. 11 : apparitione frigoris exterius scilicet fugato calore in profundium ; De plantis, § 255, SN lib. XII, cap. 21 et 79 : et angustabit meatus, id est poros.

[22] De plantis § 102 ; SN lib. IX, cap. 2.

[23] Par exemple DPR p. 23, l. 334-339 : Item Aristoteles : Quelibet planta quatuor indiget, scilicet semine terminato (id est in sua specie perfecto et maturo et a putrefactione conservato) et convenienti loco (id est territorio generationi plante congruo) et aqua moderata (humore scilicet temperato) et aere consimili (scilicet mediocriter temperato). Toutes les parties de phrase placées entre parenthèses représentent des ajouts par rapport au texte de l’édition critique du De plantis.

[24] Sur les rapports entre le Liber de natura rerum cité par Vincent de Beauvais et les livres homonymes de Pseudo-John Folsham, Thomas de Cantimpré et du soi-disant Thomas III, nous allons revenir dans une prochaine contribution.

[25] Par exemple SN lib. IV, cap. 1 : Locus orbi propinquus qui, scilicet orbis est elementum quintum, calidus est et inflammatus. (Nam omne mobile ex corporibus quando movetur motu circulari inflammatur et ipsum quod ei approximat inflammat). In locis autem orbis in quibus videtur galaxia, sunt stelle multe parve, spisse et magne, propinque, luminose. Cum ergo procedit lumen earum ex illo loco igneo vel inflammato, videtur in eo lumen oblongum. Et iste quidem stelle sunt, quarum quedam alias tangunt et lumen a sole recipiunt. Quare continuatur lumen quarundam earum cum quibusdam propter hoc videtur galaxia in uno orbis loco, non recedens ab eo. (Ex his verbis Aristotelis innuitur, quod non solum a superiore, sed ab inferiore loco gloria et honor contrahitur. Nam lucem dictarum stellarum nobilitat non solum lumen solis, sed etiam ignis). À l’exception des phrases entre parenthèses, la citation se retrouve dans le Liber metheororum d’Aristote, P. L. Schoonheim (éd.), Leiden, 2000, p. 20, l. 23 – p. 22, l. 9 ; l’ensemble de la citation apparaît chez Pseudo-John Folsham (Abramov, « Liber de naturis rerum », p. 56-57).

[26] De animalibus : Michael Scot’s Arabic-Latin translation, A. M. I. Van Oppenraay (éd.), Leyde, 1992-1998, vol. II, De partibus animalibus, pt. 2, books XI-XIV ; vol. III, De generatione animalium, pt. 3, books XV-XIX ; with a Greek index to De generatione animalium by H. J. Drossart-Lulofs.

[27] A. M. I. van Oppenraay, « The Reception of Aristotle’s History of Animals in the Marginalia of Some Latin Manuscripts of Michael Scot’s Arabic-Latin Translation », Early Science and Medicine, 8, 2003, p. 387-389.

[28] En copiant ce passage d’Aristote, l’auteur du Compendium philosophie a évité, comme il le fait à maintes autres reprises, le mot arabe pour reprendre uniquement le terme glossateur (CP, lib IV, cap. 9, p. 163), tout comme Thomas de Cantimpré III et pseudo-John Folsham : C. Hünemörder, « Der Text des Michael Scotus um die Mitte des 13. Jahrhunderts und Thomas Cantimpratensis III », in Aristotle’s Animals in the Middle Ages and Renaissance, C. Steel, G. Guldentops et P. Beullens (éds.), Louvain, 1999, p. 246.

[29] SN lib. XVI, cap. 66 : cubeth idem videtur esse quod perdix. Quae enim hic de illa dicta sunt eadem pene de perdice dicentur inferius. Quod forte latuit translatorem. Une remarque similaire est faite à propos de l’équivalence entre vitulus, felcus et koky : Actor : Vitulus marinus, ut supra dictum est, ipse est felcus, de quo plenius actum est ; ipse est quem vocat Aristoteles cocy (SN lib. XVII, cap. 118 et 135).

[30] Liber Canonis, Venise, 1507, réimpr. Hildesheim, 1964, lib. II, tract. II, cap. 5, f. 89ra; cap. 19, f. 90rb; cap. 104, f. 99ra ; SN lib. XII, cap. 72 ; lib. XII, cap. 78 ; lib. X, cap. 54. Nous avons comparé le texte de l’édition de 1507 avec celui du manuscrit Munich BSB clm 13017, dont la copie, du moins en ce qui concerne le deuxième livre, est datée du 5 mai 1246 (f. 102rb).

[31] Liber Canonis, lib. II, tract. II, cap. 216, f. 111ra ; SN lib. XII, cap. 65 ; Liber Canonis, lib. II, tract. II, cap. 339, f. 121vb, SN lib. IX, cap. 147.

[32] Voici quelques exemples parmi d’autres : bederenzegum, bertanich, mehenbethene (Liber Canonis, lib. II, tract. II, cap. 96, f. 98vb, cap. 106, f. 99rb, cap. 484, f. 135rb).

[33] C’est le cas de la notice sur la vitis où l’on voit apparaître des gloses de différentes natures: cinis vinacii quod scilicet post expressionem remanet ; ad soda calida, id est dolorem capitis ; folia eius cum savith ordei, id est ordeo fracto cum aqua multa cocto (Liber Canonis, lib. II, tract. II, cap. 784, f. 160rb SN lib. XIII, cap. 57). Même chose pour le lentiscus : rob, id est vinum coctum (Liber Canonis, lib. II, tract. II, cap. 454, f. 131vb ; SN lib. XII, cap. 75).

[34] Liber Canonis, lib. II, tract. II, cap. 368, f. 124ra ; Albert Magnus, De Vegetabilibus, E. Meyer et C. Jessen (éds.), Berlin, 1867, réimpr. Francfort, 1982, p. 536 § 380 ; SN lib. XI, cap. 98.

[35] K. Biewer signale l’absence de cette phrase de l’édition de 1507 du Canon, mais considère que la source d’Albert doit tout de même être le texte d’Avicenne puisque le Speculum naturale de Vincent de Beauvais la comporte également (Albertus Magnus De vegetabilibus Buch VI, Traktat 2. Lateinisch-deutsch, Stuttgart, 1992 (Quellen und Studien zur Geschichte der Pharmazie, Bd. 62), p. 195).

[36] Nous tenons à remercier C. Bonmariage et S. Moureau pour nous avoir éclairés au sujet de l’équivalent arabe du terme latin.

[37] SN lib. X, cap. 57 ; De vegetabilibus, p. 489 § 298.

[38] De vegetabilibus : mandragora, p. 535 § 380, napellus, p. 540 § 391, napellus Moysi, p. 541 § 392.

[39] TK 79.10. Aux 6 manuscrits identifiés par L. Thorndike, on peut ajouter les témoins suivants : Cracovie Bibl. Jagiellonska cod. 575, f. 234ra-vb, 780, f. 1r-8r, 830, f. 242r-249r ; Metz BM 101 ; Munich B.S.B. clm 13017, f. 335ra-338rc ; Vatican B.A.V. Pal. lat. 1122, f. 105ra-114rb, et les manuscrits de la BNF répertoriés par J. Chandelier, L. Moulinier-Brogi, M. Nicoud, « Manuscrits médicaux latins de la Bibliothèque nationale de France », in AHDLMA, 73, 2006, p. 63-163. Le glossaire est édité à la fin de l’édition du Canon d’Avicenne publiée à Venise en 1490 (GW 3121).

[40] D. Jacquart, « Note sur les Synonima Rasis », in D. Jacquart et J. Hamesse (éds.), Lexiques bilingues dans les domaines philosophique et scientifique (Moyen Âge et Renaissance), Turnhout, 2001, p. 117.

[41] Voici à titre d’exemple un extrait du De animalibus (693a) copié dans le Speculum Naturale (lib. XVII, cap. 7): In avibus autem piscantibus collum est sicut arundo, id est linea piscatoris.

[42] Nulla vero res ab egritudinibus veris sic tuetur, quemadmodum phlebotomia et inanitio, id est artificialis purgatio, comedendi diminutio, potus inebriantis debilitatio..., Liber Canonis, lib. I, fen II, doc. II, s. I, cap. 6, f. 29vb, SD lib. XIII, cap. 56.

[43] Maurus Salernitanus, In Hippocratis aphorismos commentarium, S. De Renzi (éd.), 1856 (Collectio salernitana, vol. IV), p. 519 ; Archimateus Salernitanus, Erklärungen zu den hippokratischen Aphorismen, éd. H. Grensemann, Hambourg, 2005, p. 23 (consulté à l’adresse : <www.uke.de/institute/geschichte-medizin/...ethik.../ArchimAphEdition.pdf>).

[44] Virtus autem informativa imprimens, id est sigillans, est illa ex qua precepto sui creatoris membrorum lineatio provenit..., Liber Canonis, lib. I, fen I, doc. VI, s. I, cap. 2, f. 23va, SD lib. XIII, cap. 48.

[45] Tractatus de divisione multiplici potentiarum anime, P. Michaud-Quantin (éd.), Paris, 1964, p. 107, l. 123-125.

[46] De animalibus, H. Stadler (éd.), Munster, 1916, p. 1072, 1090.

[47] Super IV Sententiarum, A. Borgnet (éd.), Paris, 1894, lib. IV, d. 23, a. 15, p. 22a : haec secundum Philosophum nullius corporis est actus, et glossatur communiter, id est, nullius partis corporis. La glose apparaît dans plusieurs autres œuvres d’Albert, par exemple De homine, H. Anzulewicz et J. R. Söder (éds.), Munster, 2008, p. 33.1-2, p. 464.42-43.

[48]  Par exemple In Aristotelis librum De sensu et sensato, Taurini, 1949, tract. I, lectio 1, n. 4 ; Scriptum super Sententiis, Parma, 1858, lib. III, d. 15, q. 2, a. 3.2.2 ; Quaestio disputata de spiritualibus creaturis, Taurini, 1953, q. 1, a. 2, arg. 13; Quaestiones disputatae de veritate, Taurini, ed. Leonina, 1953, t. XXII, q. 13, a. 4 ; Summa contra gentiles, Taurini, 1961, lib. 2, cap. 69, n. 10, lib. 4, cap. 41, n. 13.

[49]  SN lib. I, cap. 30: Anima enim non est persona, id est per se una, quia creata est communicabilis alii, scilicet corpori, ut faciat totum, scilicet hominem.

[50] Elle apparaît déjà au haut Moyen Âge autant dans le Glossarium Ansileubi : Glossaria latina iussu academiae britannicae edita, vol. I, W. M. Lindsay, J.-F. Mountford, J. Whatmough (éds.), Paris, 1926, p. 439, que parmi les gloses attribuées à Placide : Corpus glossariorum latinorum, G. Goetz (éd.), Leipzig, 1894, vol. V, p. 132.

[51] CP, lib. V, cap. 56, De instrumentis sensuum et sensibus : Dicit Aristotiles in libro de animalibus. munditia instrumentorum est causa bonitatis sensuum. Et nota quod sensus dicuntur eo quod per eos anima subtilissime totum corpus agitat vigore sentiendi. La phrase introduite par nota quod provient d’Isidore, Etymologiarum siue Originum libri XX, W. M. Lindsay (éd.), Oxford, 1911, lib. XI, cap. 1, par. 19.

[52] CP, lib. V, cap. 40, Qui sunt apti ad generandum et qui non : Dicit Aristotiles in libro de animalibus : animalia magni corporis sunt pauce generationis. Et hoc est quia cibus eorum transit in incrementum corporis proprii et nichil in naturam seminis vel parum. Econtra parvi corporis multe generationis sunt, quia quod natura minuit a cremento corporis ponit in augmento seminis, passage qui condense deux lieux du De animalibus : HA 725a29 : animalia magni corporis sunt paucae generationis et parvi corporis multae et HA 771a28 : Cibus enim transit in crementum corporis et non remanet ex eo nisi modicum, in animalibus autem parvi corporis natura diminuit a cremento corporis et ponit in sperma.

[53] Barthélemy l’Anglais, DPR, lib. XVII, cap. II, l. 443-454 : Ille enim, in quarum medulla viget humor subtilis, quem movet et attrahit calor ad superiora piramidantur, id est in formam piramidalem ad modum flamme, que ascendit in communi virtute ignea, elevantur. Ille vero, in quarum medulla viget humor grossus et aquosus, inferius deprimuntur et angustantur, unde et ille partes sua gravitate inferius moventur et in grossum in parte infima coartantur. In quibus vero erit humor medius et inter grossum et subtile temperatus pars ascendet sursum et erit causa elevationis, et pars deorsum, que est causa ingrossationis. C’est la réécriture des paragraphes suivants du De plantis du pseudo-Aristote, § 219-221 : Sed quae tendit sursum, est quia materia eius apparet ex medulla plantae, et attrahit calor, et comprimit ipsam aer qui est inter raritates sicut pyramidatur ignis in suis materiis et elevatur. Quod autem deorsum tendit, meatus coangustantur, cumque digesta fuerit materia, inspissabitur aqua in qua est medulla plantae ; proceditque subtile sursum convertiturque aqua ad partes illas deorsum, movetque illam sua ponderositate. Quae vero inter duas partes fuerit, subtiliatur humor et materia vicinatur temperantiae in digestione eruntque meatus medii, tenduntque materiae sursum et deorsum.

[54] CP, lib. III, cap. 20, De arboribus silvestribus et ortensibus : Dicit Aristotiles in primo de plantis. Arborum alie domestice, ut que crescunt in civitate, alie ortenses et silvestres, ut que crescunt extra civitatem ut in ortis. Sequitur et est notabile : Et puto, inquit, quod omnes species plantarum silve crescunt, scilicet quantum non fuerint culte qui reprend De plantis, § 93 : Plantarum quaedam est domestica, quaedam hortensis, quaedam silvestris ; et eodem modo animalia. Puto quoque quod omnes species plantae, quando non fuerint cultae, silvestrescunt.

 

Pour citer l'article: 

E. Frunzeanu et E. Kuhry, « L’apport des gloses, des paraphrases et des syntagmes synonymiques à la compréhension des textes : le cas de quelques encyclopédies du XIIIe siècle», in Spicæ, Cahiers de l’Atelier Vincent de Beauvais, nouvelle série, 1, 2011 <consulté en ligne le (date) à l’adresse : spicae-cahiers.univ-lorraine.fr/node/17>